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Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, XVIIe siècle
Un symbole de la culture française Molière est, avec La Fontaine et
Victor Hugo, un des trois auteurs clés de la culture française. Il forme avec
Corneille et Racine le trio de dramaturges qui a créé le théâtre
classique : son oeuvre constitue donc en premier lieu une référence de
l'esthétique classique. Mais cet aspect historique s'accompagne d'une adhésion
spontanée du grand public, et notamment de la jeunesse, à un auteur dont la
langue reste parfaitement accessible et la problématique d'actualité (le
rire ; l'amour ; la noblesse des sentiments ; la révolte contre
l'hypocrisie, l'autorité, l'injustice).
« Notre maître à tous » (Ionesco) Molière a doté la scène
française d'un excellent répertoire de comédies. Mais il a aussi, à partir d'une
triple tradition (la farce du Moyen Âge, la commedia dell'arte italienne et la
comédie antique, principalement Plaute et Térence), enrichi et diversifié
l'univers dramatique du rire en déclinant toute une série de formes : la
farce (les Fourberies de Scapin), la comédie-ballet (le Bourgeois gentilhomme),
la comédie d'intrigue (le Malade imaginaire), la comédie de caractère (l'Avare),
la comédie de moeurs (le Misanthrope), la grande comédie
(Tartuffe). Observateur attentif des conduites humaines, il a créé dans ses
pièces une famille de personnages devenus des types : Harpagon l'avare, Tartuffe
l'hypocrite, Dom Juan le séducteur, Célimène la coquette, Scapin le valet malin.
Ses valeurs (la nature, la mesure, l'intelligence, la liberté) ont une portée
universelle. Elles l'inscrivent parmi les grands moralistes (Montaigne, La
Rochefoucauld, La Bruyère). On lui doit également d'avoir été un réaliste en
plein siècle classique : sa peinture de la société (prétentions de la
bourgeoisie, corruption des dévots, incompétence des médecins, arrivisme
intellectuel des femmes, bon sens des domestiques) ouvre la voie au roman de
moeurs de Balzac.
Le premier farceur de France Héritier d'une tradition de la farce
fondée sur les fabliaux du Moyen Âge, Molière a redonné son prestige à un genre
quelque peu oublié et méprisé. On trouve dans ses pièces tous les degrés du
rire : le comique de farce, qui apporte une vraie détente au
spectateur ; le comique plus intellectuel de la satire, qui répond à un
objectif majeur de l'auteur (« corriger les vices des hommes ») ;
enfin un comique grave, qui mêle l'inquiétude à la gaieté. À l'image d'un
Molière amuseur des foules se superpose donc celle d'un homme profond qui fait
rire pour ne pas faire pleurer. Les cabales qui se sont déchaînées contre le
Tartuffe et Dom Juan attestent le caractère subversif de son comique.
Un homme de spectacle Molière est un vrai technicien du théâtre. À
la fois auteur, metteur en scène, directeur de troupe (l'Illustre-Théâtre, qui
deviendra la Comédie Française), il est capable d'écrire et de monter une pièce
en un temps record. Son art dramatique repose sur une série de procédés qu'il
combine savamment les uns avec les autres : procédés scéniques (danse,
musique, déguisements, coups de bâtons, apartés), dramatiques (stratagèmes,
coups de théâtre, quiproquos) et dialogues (langage parodique, bons mots,
variation des niveaux de langue).
Ce texte est extrait de l'ouvrage « Mémo Références •
Dictionnaire de la littérature française », Évelyne Amon, Yves Bomati,
Éditions Bordas. Tous droits réservés.
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